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#25

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Rouleau d'écran de poésie
sous économie d'énergie
#25 • 07/20






Myriam Brunelle

Poèmes





le corset plumé dans le ventre dans
la rôtissoire fin de siècle pas de neige
pour noël je sors ma peau de bikini pôle nord
le printemps refait ce qu’il y a à refaire
un moustique transgénique à la fois
tu récupères ta voix qu’on exaspère
qu’on endimanche qu’on n’a plus faim







tu pitonnes la physique quantique on dit
l’abonné que vous tentez de joindre n’est
pas disponible en ce moment veuillez
tracer au moins une couleur de cheveux un
bout d’épaule qu’on se perde moins loin







on fait le commerce
de l’eau dans le cockpit
des piscines hors terre
la lave entame l’Odyssée
du moteur à essence
lance une pièce fait un vœux
piscine Trevi fontaine Trevi
je n’en finirai plus d’écrire
des splits de profil







la posologie reconstruite parfois
dans le saut d’une ou plusieurs
journées l’élan la chute et
recommencer et rejouer et
refaire et dériver dans
une mémoire filmique
un rayon vert une jetée
une mince ligne rouge







on lèche ses apesanteurs
placebo
branche de lilas
insomnies
ton dos mes pelures de villes
dans la jointure les monstres
trappes à rats
on atterrit sur les deltaplanes







Prigogine dans les murmures
s’invente-t-on tapisserie ou béton ou le lieu
d’assemblages indistincts







qui a fané les bras dans les arrosoirs
le fragment d’os dans la soute à bagages
a la mémoire cachée enterrée placardée aux parois
d’un 4 litres de vinaigre sous le lavabo
je lave les tuques avec des mitaines
les chutes en format économique s’épuisent







encore à raccourcir les jupes des apôtres
la machine à coudre est coincée
pas fini de lire les frères Karamazov
Alakazou n’en a rien à faire







penser
qu'il n'y a plus
de dessert
et découvrir
un pot
de crème glacée
napolitaine
avec trois rangées
au chocolat







le processus est enclenché j’ai déjà
travaillé au Dunkin Donuts de nuit
fourré les beignes jusqu’à leur extinction
ou l’image une autre guenille
à ramener dans le sac à pain
à rabattre dans le poème
en 5 10 pis 25 cents







sache que les avions en papier
c’est l’art perdu des pantoufles en phentex







je n’ose dire si ça flanche nous attendons
les résultats du laboratoire nous attendons
de connaître s’il y a lieu l’indice
des masses laineuses lentement
dans l’effondrement des stocks
parvient-on à l’autre parce qu’essouflés







quand tu te bats avec la fenêtre de cuisine
de chambre de salle de bain pour retenir
la faiblesse de l’hiver qui s’abreuve à l’aile
gommée de tout ce qui bronze avec une montre





Lise Dougé

Un bar, un centre, et où vous croyez-vous



Je me suis vue dans un bar en train
de sonder chacun des clients

sur la question de savoir si
les enfants jouent encore avec des poupées

de chiffon. À ma grande surprise,
cette question fit l’objet d’un prompt

rassemblement d’hommes et de femmes
autour du seul flipper de la salle

qui fonctionnait encore. J’aurais bien montré
comment on fume une cigarette tout en propulsant

les billes, mais non, je tins bon : soirée
poupées de chiffon. Oh, on ne m'a pas comme ça.





Le fait d’attendre au Centre m’a ramenée
à cette histoire du cabinet vétérinaire de campagne

où quelqu’un avait apporté, une fois, un animal
non-identifié qu’il essayait de faire parler,

afin qu’il prononçât son nom de lui-même
et qu’il pût nous dire quelle aurait été

la meilleure façon de le nourrir, jusqu’à
ce qu’il se rende compte qu’il était mort, après tout –

j'attends les résultats de l'analyse qui me dira
à quel point je suis touchée et je flippe ma course,

comme un doux wapiti sent bien que rien
ne le protège du monde des roquettes.




C'était pas un endroit pour des gens très avides.
Tu pouvais pas parler avec tes mots à toi.

Alors, quelqu'un s'est mis à raconter une histoire mêlant
une épave à un sandwich ; je ne sais plus

quoi des deux justifait l'autre, en tous cas ce n'est pas la femme
qui portait ce truc en métal, sortie d'une soirée fétichiste.

Nous attendions tous que tout
s'explique, je veux dire, nous attendions la fin de l'histoire,

sans savoir que nous y étions des poissons ou du jambon,
et que la capitaine du bateau, c'était clairement moi.




suf marenda

23/48/01



  Malgré les violences, malgré leur caractère d’urgence, je sais qu’au vrai, et c’est César.
  C’est lui, l’aristo de l’historique, qui fait son poinçonné à 23 coups seulement. Pour mémoire, je dirais encore me souvenir comment chacun des jours (ajourés dans le vieux cuir de l’empereur), n’est élégamment exécuté que par 23 sénateures ; celleux dont les designs s’obstinent ou dans le dessin souple, ou dans le dessein public.

  Ce qu’enseigne encore la majorité d’une arithmétique togée/détogée - liée ou non par la désobligeance des assassins, comme par l’agapé-type des sauveurs du tué -, c’est qu’à mon grand dam, jamais un 23 + un 0 ne se rehaussent en 48.

  NB : Tel langage rêvé de Python peut, oui, laisser entendre que, précisément, dans le langage, tout demeure, et jusqu’au possible - avec pour toute forme exemplifiée, et en variable, ce « peut-être là » de la suivante :

un_vingt_trois_plus_un_zéro = 48
>>> un_vingt_trois_plus_un_zéro
48
>>>

  Mais sur son fond, et tapissée d’esprit humain, la moindre machine sait trop bien qu’en deçà de toute fantaisie - qu’elle autorise sans suffisamment se duper d’elle-même -, nous recompterons :

>>> 23+ 0
SyntaxError : invalid syntax (déso…)
>>> 23 + 0
23
>>>

  Ces régularités n’ont rien de trop puissamment arbitraire, là, du moins, où elles pèsent sur les contenus du pouvoir, en en singeant ceux du passé, et puis les vifs.

  Aussi, lorsque, J.-C.-l’empereur, s’effondre aux pieds fameux de la statuaire pompée, il se distingue déjà pleinement de Sébastien (et en fonda, comme par le tout) :

  - primo, c’est un fait premier, César vit, lui, dans Rome, et non en continentia, dans le 37;
  - secundo !, Jules s’y est derechef énormément plu, et à himself aussi ;
  - tertio, tant qu’il le pouvait, on l’appelait encore « Le J.-C. » et tout assez Not’ Imperator supa’sonic ;
  - quarto, à Joué-les-Tours (dans le 37…), Sébastien reçoit presque simultanément (à l’échelle du siècle, notamment) non moins de 48 coups de couteau. Ils le percent partout, et à travers sa peau - ouh l’animal ! Par rapport à César, ses trous s’étalent en un surplus de 25 spots, lumineusement surnuméraires.

  Mais entre Sébastien et J.-C., ce sont encore des différences de condition, et puis de taille :

  • après son poinçonnage, César, certes, n’est plus vraiment lui-même ;
  • mais sa propre scène d’assassinat ne se déroule pas à la porte d’un domicile familial ;
  • l’empereur n’est pas lardé 48 fois ;
  • tout son corps ne s’enflamme pas un autre instant, dans le 37 ;
  • on ne l’a jamais douché d’essence, ni ensuite terni fumé, et en terrine, ou au mort-vif;

  Personnellement, je me l’explique ainsi :

  - à Rome, primo, à ce jour-là, aucune horloge n’affiche 48h23 ;
  - deuzio, aucune poêlée à frites n’est préparée dans une cuisine à ciel ouvert ;
  - tertio, deux enfants ne regardent jamais à la surface du téléviseur ;
  - quarto, personne ne s’appuie encore sur la sonnetta ;
  - enfin, César commettrait-il l’illunance de précipiter avant d’aller, et de s’ouvrir ?

  Répétons-le,
  ceci « n’est clairement pas J.-C. » !

  Denis trouve, oui, le récit satisfaisant, et pour l’esprit. Mais notre double amitié le pousse tout de même à s’y infléchir un peu. Après un moment, et par l’amour du vrai, le voici à l’oeuvre poka yoke :

  Sur le patronyme des mecs-pères, nous sommes d’accord, un blase étant toujours au blason ce qu’est le manifeste-identité à nos familles, tous deux sont à l’évidence et des mâles, et, mandatory, des Membres.
  Toutefois, Denis en est certain, si Sébastien est bien tout mort, c’est au plus tôt. Non pas à 2005 - et confondu alors avec un frère homonyme (le poignardé-brûlé du pas de la porte) - mais, dans toute sa réalité, avant le 31/12/1999.
  Il n’a pour lui, reçu ni 48, ni seulement 23 des coups de ces « couteaux » et/ou de leurs cousins « poinçons », brutés par des Horaces (les plus ou moins sénatoriaux). Denis sait, vrai, que le coeur de Sébastien est mort d’un coup, en pleine poitrine. A cette seconde, encore en bon état, et de Sujet-tout-en-Personne, il s’interposait entre :
  1. une amourachée (jeune),
  2. un ami objet d’amour (jeune)
  3. un frère de l’amoureuse, objet mâle-veillant sur sa verge-objet-de-famille, qui, pour l’occasion, s’armait de tous ses gros bras bien très vengeurs (si jeunes encore).

   Pour tout dire, avant cette mort, je connaissais moi, très peu J.-C.

  On le disait comme « c’est un gitan », strictement désigné par son nom et sa famille à particule. Il s’appelait quelqu’un comme « de Broglie » ou « Galouzeau de Villepin » - ce qui, tout en même temps, chahutait un certain sens du catégorique. A 17 ans, il n’était vraiment officiellement que d’ailleurs. Plutôt dans la rue ou dans le bus ; jamais quoi qu’il en soit, élevé de notre lycéeux. Comme partout où il le voulait, il y donnait néanmoins ses propres tours.
  On serrait là aimablement des mains. Lui et moi, par exemple, troquions phatiques, sans nos problèmes :
  « - hello, ça va bien, tu te promènes ?
  - ah, oui ! tu vas bien, toi ? ça a pas sonné encore,… la sonnerie ?
  - attends… non, il est ’46. Ca va sonner, dans 2 mn ».

  Et il m’adressait son clin d’oeil.

  Sébastien portait immanquablement un survêt’ blanc, zippé jusqu’à la garde, et par-dessus tout, son Schott noir (un peu large à mon snob). Il avait ses cheveux bruns courts, sur un large, et de teigneux, et tout griffé de cicatrices sur les arcades. Je le revois de ses yeux durs et de châtaigne, cloison nasale en vrac, et tous ses poils, pilant jusqu’à viril.
  Et j’aime toujours ses dispositions à être avec, tout en tenant debout, et dans, et seul.

  Or, selon Denis, mieux valait aussi être avec lui.
  Sébastien avait raconté comment, pour le défourlement des nerfs, il savait se rôder à proximité d’un abribus. Et c’était ça - s’il projetait de s’y marave sur tous les bons-à-se-faire-marave, comme tout en force. Il abandonnait, là, son Schott, sur un siège, prenait un mètre, et des largesses. Feignant le max d’indifférence à sa portée du cool, il se guettait en vrai de la bonne proie, et qui le fâche. Lorsqu’un jamais-les-filles frôlait un jour son blouson-mort, Sébastien se le fondait breaching ! « tout se passe comme si !», en un procès public. Il avait pour son standing le vagissement de « comparution, et immédiate », enchaînant at ease, à la volée, et la sentence, et l’exécution. Il y avait donc une grosse peine de coups : des méchants poings, de vilains pieds…
  Si secs.

  Mais il était encore et, si l’on veut, le plus entier homme-mec pour courageux. Denis, par exemple, l’a vu s’échapper à une meute. Mais de bidasses. Celleux-là le coursaient, et pour la mort. Alors, Sébastien rusait une grosse distance, il traçait comme d’un trait, et à toutes jambes, pour l’apparence. Parce qu’en plus, il pratiquait en parallèle de se volter brusque à la face, quand il piquait tout chacun d’eux, et puis en ordre, à l’opinel. C’était d’abord l’un, et puis-puis l’autre, jusqu’aux suivants. Cela, enfin, décourageait finement un par un zouaves, qui, elleux, tout en craintes et en blessures, refuyaient blêmes, pour l’être-ensemble.

  Denis passait plus de vie en compagnie de Sébastien, que quant à moi, le bien-bien moins. Lorsqu’il fallait repeindre le plafond du souterrain dans le parking Cintra (pour « Sainte Radegonde » .d.l.a.), ce sont les deux qui Travaillaient ensemble, pour d’Intérêt et Général.
  En lui-même, le boulot peinait gravement (La peinture se dégoulinait de leur plafond ; l’épaisse de Denis Barberousse en était toute très imbibée). Mais cela ne suffisait pas, et parce qu’aussi deux beaux racistes les provoquaient en permanence. Ils attendaient de voir que Sébastien leur morde enfin à un délit, et qu’ils l’envoient ainsi fado, tout responsable, et en prison.
  Pour tenir, donc, Denis était quotidiennement rouleur de leurs gentils. Sensible aux illicites, mais bon camarade toujours, il se les produisait hardi, sans trop redire. Ainsi, tant mieux que mieux, le plafond, souverain vert’, s’est brillamment repeint, à la gentille bédave ; sans faire toujours assez,
beaucoup d’éclats.

  A l’époque, et c’est étrange, Sébastien, pointait, maintenant, à des répèt’, dans des concerts. Qu’entendait-il ?
  D’après Denis, il débordait si facilement, et d’enthousiasme ! Le groupe était assez heureux pour lui, et sur le fond.
  Là-bas, on avait finalement trouvé à le renommer « Lupen » - c’était après qu’une fois, il a lancé : « tu sais Lu Pen, s’il est raciste, c’est pour le pognon, c’est tout ! ».

  Lorsque Denis et ses potes le croisaient ensuite (dans le bus ou dans la rue), Lupen, réglo, leur refilait souvent ses morceaux du monde (bien plus « Boune Sainte Vermine ! », que beaucoup d’autres). C’est comme la fois où il les a tous emmené voir « Roger », derrière le centre Leclerc, et dans les décombres d’un pavillon squatté. Denis s’y appréhendait dans une plus pure tradition des vols au colletage. Mais c’était seulement « Roger », un reubeu lillois, de la cinquantaine, qui se passait, et dans un coin. Pour y vivre, il devait s’écouler un petit stock de shit, honnête en qualité. Ce jour-là, Lupen a loyalement joué les entremetteurs entre offreur et payeurs, sans jamais y exiger la moindre part, ou en argent.

  Au final, c’est comme pour moi,
  le plus troublant reste pour Denis,
  que le jour de sa mort (à la souple différence de Jules César),
  Sébastien ne se trouvait sans doute qu’à quelques riens
  de se pouvoir surfer,

  et plus en vain.




Khalid El Morabethi

How to open the mouth ?





Chloé Guezo

Tombe

Si
le
livre
te
tombe
des
mains,
essaie
sans
les
moufles.




Guillaume Dorvillé

Tout le monde / Chevaux morts



TOUT LE MONDE


Je crois bien que tout le monde
est mort A chaque mort c'est
comme si tu te déplumais
comme un sapin qui perd ses
épines La mort te fait l'effet
d'un tesson sous les paupières
La mort te réveille la nuit
pour te foutre les chocottes
Elle baisse ton froc pour
se foutre de ta gueule Tu
sers les poings tu frappes
le mur Ça ne sert à rien
Tu as des couteaux cachés
dans le dos Tu es un monstre
terrible du genre qui traîne
sous les lits et dans les
placards Tu te sens comme
un seau à glace en verre
comme une paroi de verre
comme le verre qui masque
la vue et dans lequel les
oiseaux viennent s'écraser
comme des avions de ligne
qui se fracassent sans que
personne n'entende rien Tu
es une vitre sans tain



___



TOUT LE MONDE 2


Tout le monde est mort
comme dans un grand bal
quand tout le monde est
couché Tout le monde est
mort et il y a des chevaux
qui refusent que tout le
monde soit mort alors que
tout le monde est mort
Le sourire des filles ne
parvient plus jusqu'à toi
car tu as cessé de croire
que le sourire des filles
pouvait t'être adressé
Tu observes le calcul
dans le moindre geste
amical vers toi Alors tu
mords la main Tu mords
la main comme si tu
avais envie de tuer
Tu prends d'abord la
main dans ta gueule
comme s'il s'agissait
d'un gant Un gant de
maçon un gant de cuisine
un gant de baseball un
gant de toilette Tu prends
dans ta gueule une main
comme un gant Dans ta
gueule un gant comme un
géant Tu mords la main que
l'on te tend Tu mords la
main dans le gant de velours
Tu mords parce que tu
ne peux rien contre la mort
Tu voudrais que la mort
se morde sur elle-même
Tu voudrais ne plus mordre
la mort que l'on te tend
Tu voudrais ne plus jamais
sentir la mort te mordre et
à ton tour ne plus mordre
la main qu'elle t'a tendue



___



CHEVAUX MORTS 1


Il y a des chevaux morts
qui se relèvent dans le
grand bal Des chevaux
lents qui ont les yeux
lourds comme des orages
Les chevaux morts se brisent
comme les vagues sur les
plaines Les chevaux qui se
détachent sur le paysage
comme des candélabres Des
chevaux morts qui s'écrasent
comme des ampoules fragiles
et tu marches dessus sans
rien voir dans la nuit juste tu
entends le tonnerre Les
éclairs projettent des ombres
chinoises dans le paysage
Les chevaux morts battent
pavillon noir et ont de grands
draps blancs qui sont des
voiles qui s'échappent de
leurs naseaux Les chevaux
morts s'étirent dans le grand
bal et jouent de la guitare
et de la caisse claire et
aussi de la cymbale crash
et aussi de la cymbale ride
et aussi de la charleston
Les chevaux morts ont le
sens du rythme et tu
déambules tranquille car les
chevaux morts sentent bon
comme une grange qui est
foudroyée Les chevaux
morts jouent à l'unisson Ils
battent furieusement de leurs
sabots les timbales en cuivre
et la foudre s'abat sur les
arbres du paysage La pluie
des chevaux morts rebondit
sur la peau des chevaux
comme des tambourins
Comme des bongos La
pluie se fracasse sur tous
les chevaux morts qui sont
dans tes yeux comme dans
le paysage



___



CHEVAUX MORTS 2


Le pluie se fracasse sur tous
les chevaux morts qui sont
dans tes yeux comme dans
le paysage L'eau rigole sur
les veines de la peau des
chevaux morts Ils te font
souffrir quand tu clignes
des yeux et que tu vois la
paupière gauche qui a raté
la marche dans le regard de
ton reflet C'est le reflet des
chevaux morts C'est la
paupière sur l'œil que tu
aimais aussi fort même
plus fort que la pluie sur
la peau des chevaux Elle
joue comme le tonnerre
C'est le regard merveilleux
qui te regardait avec la
tendresse infinie des
chevaux morts C'est le
souvenir de la paupière
pleine de fatigue qui
attendrissait le regard de
la beauté à travers
les gouttes de pluie
qui perlaient
silencieusement sur la peau
des chevaux peut-être
qui étaient morts
Les chevaux peut-être
étaient moins morts
lorsque son regard sublime
se posait comme un éclair
brillant sur le paysage et
sur ton regard



Steve Savage

Objet trouvé

T'as un poête,
il est dans la cuisine,




Eric Baus

Extraits d'Euphorbes



Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Simon Brown



J’AI RESSENTI UNE USINE DANS LE CERVEAU

Les aigles ont gagné. Les aigrettes se sont éloignées. La fin des fenêtres a gagné. L’intérieur des cellules a gagné. Les funérailles ont gagné. La victoire est pour toujours. Il y avait seulement la nuit. Il y avait seulement l’extérieur. Les fenêtres ont pris fin. Pour toujours a pris fin. La victoire a pris fin. Parmi les entrailles des aigrettes, les funérailles ont gagné. La fin des aigrettes a gagné. La fin des œufs a gagné. L’eau s’est blessée. La guerre a gagné. Le mur a gagné. L’auto a gagné. Un seul aigle en plastique a gagné. Il y avait seulement des aigles en plastique.


***


LES FLEURS SAUVAGES RENONCÉES S’ENFUIENT


***


LES FEUILLES EFFACÉES DES CHAMPS DE DATURA

La chorale perdue en grumeaux. À peine un morceau de silice. Les données humides, blessées. Des taches à la bouche. À peine une rayure. Cloche contre voix. Du flottement. Cloche et voix, côte à côte.


***


SAC AMIBE

En regardant les spirales cirées d’un miasme antique, je fus abattu d’avoir si mal saisi les nuages. La tempête sur un soupir se fonde. J’ai fait une carte de ses éléments par gravier compatissant, tel un trou dans la tourbière du tombeau. La mousse a langui le précipice à l’année longue — comment cloner la pluie de survie, tenir dans sa laine un bébé bélier, attendre le déballage de son souffle ? Observer l’envol des mites n’est pas inventer la lumière, j’apprends toujours la mauvaise leçon. À ma descente première, je voulais voir petitesse construite sur les semis complets. Si je suis presque sac amibe, c’est grâce aux amis insectes qui m’accompagnent.


***


CITHARE ARDENTE

La rue cultive des inconnus, toute face portée en écharpe. Un aréna incarné fait le guet depuis notre soupir. On s’est dispersé pour sentir la vitre cassée d’une foule. On a prié le chien, on a prié les mouches. Notre solo était cithare ardente, cerf-volant en rien.


***


BLESSE, FREDONNE

La résine, ses watts en fleur, comme pluie d’avant provoque une feuille, fut feuille, échappe aux dents d’une parole animale, une sirène sous laine qui blesse, fredonne.


***


***


Extraits de Euphorbia, un chapbook d’Eric Baus paru à above/ground press en janvier 2020, et traduits par Simon Brown au printemps 2020

















Ce vingt-cinquième numéro de Watts
a été achevé de coder
le 8 juillet 2020,
sur l'ordinateur de Robert Watts.