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#2

W

Rouleau d'écran de poésie
sous économie d'énergie
#2 • 09/15






Robert Watts

Ils l'ont dit / ils l'ont chanté

"Watt elses"

- Giorgio Clooney





"Watt ever happened to pong ?" by Frank Black
"Watt is and Watt should never be" by Led Zeppelin
"Watt is hip ?" by Marcus Miller
"No Watt" by Sabot
"So Watt" by The Cure
"Watt comes after the blues" by Jason Molina
"Watt a waste" by Sonic Youth
"Watts the ugliest part of your body" by Frank Zappa
"Watt is life" by Ebo Taylor
"Watt about us" by The Fall
"Watt more can i say ?" by Nina Simone
"Watt goes on" by The Velvet Underground





(ad lib)

David Christoffel

Maître Corbeau, 1

Pendu qui ne sait pas mieux faire
S'envole qui ne sait pas comment
Tant pis, dit l'anti-magicien
Mais
Tic-tac
Celui qui voit bien
les ficelles.
Ne voit pas forcément
L'exercice de ma volonté.

Volontaire qui sait bien comment faire
Tractopelle devrait bien se passer
Hirondelle vole sans truc
Et magie qui voudrait encore
Les tractations plus ou moins solidaires
Ensuite
Cascadeur celui qui se croit tout seul.

Mais
La patience de l'arbre n'est pas sûre.
L'incertitude de ma volonté
Peut n'y pas faire grand chose.
Alors que
Descartes qui rapport de force et jeux d'illusion
partout à la place de la nature, c'est-à-dire
Sécateur qui veut alignements des branches ou
répartition des poids pour garder la tête haute ou
le propos bien entendu.

Quel mal y a-t-il à sécateur de temps en temps ?
dit l'anti-magicien qui, le matin même, disait du
bien des sorcières.

Depuis qu'il
Déjà s'entend
Le souffle de l'histoire
Suffit à sécateur.

Depuis qu'il donne des explications
Se travaille l'impunité
Et aime à la répandre
Et preuve que la patience des arbres
Ne préoccupe rien
Dans l'exercice de sa volonté.

Que voulez-vous qu'ils disent
Si à peine a-t-il trois mois
Que pas de ma faute si
La tranquillité de ses phrases
Le sécateur à plein nez.

Tout ça pour dire :
Il y a des situations
Dans lesquelles
Il est préférable
D'être évasif.
Et les situations
dans lesquelles
il vaut tellement mieux
être évasif,
ne sont pas forcément
des situations agréables.

Quand il vaut mieux être évasif,
évidemment
on pourrait préférer
pouvoir être plus précis.
Ce qui veut bien dire
que
pour une situation pareille
on est déjà
à un niveau de précision
inattendu.
Je ne sais pas
à quoi vous vous attendiez,
mais dans la mesure où
il ne faut pas toujours non plus
se fier à ce qu'on voit
arriver à une certaine hauteur
ne trahit pas toujours
un désir d'élévation
supérieur.
Disons que
se croire
exceptionnel
plus ou moins
est une chose
et s'apercevoir
la croyance d'originalité
assez haut perchée
peut être tout à fait ordinaire
comparé aux téléfilms américains
ou n'importe quel success story
exprès dans le genre.

Même : arrivé
à un certain niveau d'exposition
il se trouve que

C'est alors
que j'ai voulu mentir
à mon petit chien.


...

(La suite au prochain numéro)


Plus d'infos sur David Christoffel : http://www.dcdb.fr

Hugo Pernet

Notes multiprise (janvier 2014)


(d’après Hadewijch)


le mystique souffre de l’absence de dieu
son absence manifeste

(absence
qui est
la manifestation)

le mystique est un athée impossible
un croyant raté

dieu est le manque de tout
dieu ne manque à personne – sauf au mystique





(d’après Blade Runner)


le mystique est un androïde Nexus-6

chat robot
caressé par une main robot

rien ne distingue le mystique de l’homme normal

frigo, courses, vaisselle
sont trois noms de dieu

-

si cette musique te donne envie de te suicider, c’est que tu
avais déjà envie de te suicider

le mystique doit avoir pour ennemi
l’esprit de sérieux

les posters de dauphins

-

dauphin lui-même
hors de l’eau

dans la baie, invisible


Hugo Pernet dirige la revue en ligne SPicedhAM. Il écrit aussi là : https://chaimtrails.wordpress.com. Son site personnel : http://hugopernet.com

Molly Brodak

Ouroboros

Traduit de l'américain par Samuel Rochery

Allons à la fin, direct :
Dante est là,
il n’a pas cessé de penser à Béatrice
& devant lui, les formes pures,
silhouettes parées de bijoux, dans le bourdonnement,
et derrière elles

trois disques de lumière atone.
Pastel vert primitif.

La lumière et les formes :
des faisceaux égaux –

un hologramme de Dieu
ou bien Dieu :
c'est idem :

idem.
Des photons.
Il oublie
la fille,

je veux dire,
bien sûr,

son corps


Poème paru dans Octopus Magazine no 16

Fernand Fernandez

L'infinoeuf

Une bombe de mousse à raser qui explose, ça arrive rarement, ça arrive peut-être, peut-être que ça peut exploser sans raison évidente une bombe de mousse à raser, posée sur le lavabo, à hauteur du ventre, après, rien n’est plus jamais pareil ; la bombe de mousse à raser fait un caprice et tous les objets, les êtres, sont susceptibles de comportements brutaux, incongrus : le savon dans la gueule, crac, le balai broyé dans les mains, les échardes, le chien qui saute la clôture de deux mètres. Tu ne sors plus, ton appartement est vide, bientôt tu es obligé de sortir, l’appartement : crac ! Tu marches jusqu’à la campagne, en baissant les yeux, tu cherches un endroit désert, même là : la menace sourde des cailloux, de l’herbe, des animaux (n’importe quel animal peut surgir de n’importe où à la campagne), et le ciel, le ciel partout, la nuit des milliards d’objets au-dessus, crac, boum, géante rouge, supernova, RE BIG BANG : qu'est-ce que tu fais quand tu te brosses les dents ? Qu'est-ce que tu fais quand tu choisis un melon ? Qu'est-ce que tu fais quand tu baises ? Qu'est-ce que tu fais quand tu décroches le téléphone ? Qu'est-ce que tu fais quand tu fais du vélo ? Qu'est-ce que tu fais quand tu regardes la télé ? Qu'est-ce que tu fais quand tu passes l'aspirateur ? Est-ce que tu jouis l'aspirateur ? Les patates ? Qu'est-ce que tu fais quand tu jouis ? Qu'est-ce que tu fais quand tu caresses un chat ? Qu'est-ce que tu fais quand tu appuies sur un interrupteur ? Qu'est-ce que tu interromps  quand tu allumes la lumière ? Qu'est-ce que tu fais quand tu vas au pain ? Quel est le vrai nom que ça a de se gratter ? De souffler ses bougies d'anniversaire ? De se curer le nez ? De se ronger les ongles ? Qu'est-ce que tu fais, en vrai, quand tu vas dîner chez quelqu'un? Quand tu prends une cuite ? Quand tu jettes la poubelle ? Quand tu ne la jettes pas ? C'est quoi le nom de ça chez les atomes ? À l'endroit où ça cogne de l'autre côté du monde ? À l'endroit du monde où un quotidien ça ne va pas de soi? Pas comme ça ? Qu'est-ce que tu fais que tu ne fais pas ? Qu'est-ce que tu fais quand tu dégueules ? Qu'est-ce que tu fais quand tu te sens sous les bras ? Qu'est-ce que tu fais quand tu dépotes une plante ? Qu'est-ce que tu fais quand tu fais caca ? Qu'est-ce que tu fais quand tu regardes un arbre ? Quand tu penses à autre chose pendant que tu fais quelque chose ? Qu'est-ce que chose ? Qu'est-ce que tu fais quand tu prends le bus? Qu'est-ce que tu fais quand tu manges une banane en pensant à une tartine de pâté ? À une palette de porc à la diable ? À une fricassée de blettes aux champignons et aux châtaignes ? Qu'est-ce que tu fais quand tu lis le journal ? Qu'est-ce que tu fais quand tu déplaces des objets sur une table sans raison pratique ? Qu'est-ce que tu fais quand tu déplies une chaise ? Qu'est-ce que tu fais quand tu bricoles ? Quand tu te plains d'une dent ? Qu'est-ce que tu déplaces dans le monde quand tu te palpes les organes ? Qu'est-ce que tu fais quand tu assommes un type ? Qu'est-ce que tu fais quand tu prends le téléphérique ? Pas  pourquoi tu le fais, dans quel but, mais quoi ce faisant tu fais ? Qu'est-ce que tu escalades quand tu fais de l'escalade ? Qu'est-ce que tu fais outre relever le rata  quand tu rajoutes du poivre ? Qu'est-ce que tu fais quand tu colles une crotte de nez sous la table discrètement ? Quand tu jettes au vent un ongle de toi ? Quand tu te masturbes frénétiquement comme pour te débarrasser de tout ton sperme ? Quand tu te débarrasses de ton fric, de ton héritage, de tous les mots que tu connais ? Qu'est-ce que tu fais quand tu fécondes des fantasmes ? Quand tu draines les toxines chimio-idéologiques qui colonisent ton corps ? Quand tu exsudes ? Quand tu fais un effort transpi-rationnel ? Quand tu fais le tour de tes propriétés, de tes nœuds signifiants ? Quand la brioche te fait penser à du poulet ? Qu'est-ce que ça signifie pour l'équilibre du monde ? Sur quoi ça pousse dans qui t'es toi et dans qui t'es pas ? Qu'est-ce que tu fais quand tu écoutes les conversations des passants ? Qu'est-ce que tu fais quand tu te retournes dans la rue ? Quand tu te laisses affecter profondément par une parole ? Quand tu rumines des injures ? Quand tu instruis quotidiennement le procès des autres sous couvert de raisons domestiques ? Quand tu vis les rencontres comme des castings existentiels ? Qu'est-ce que tu fais quand tu ne fais rien ? Quand tu pourris en pot la gueule ouverte ? Quand tu mets des vêtements ? Quand tu te déshabilles ? Qu'est-ce que tu fais quand tu froisses du papier ? C'est pris pour quel geste ? Ça rentre sur le compte de quelle lutte ? De quelle époque, de quel pays la lutte ? Qu'est-ce que tu fais quand tu resserres le joint d'un robinet ? Sur quel réseau d'interdépendances, d'équivalences ça se connecte ? Qu'est-ce que tu fais quand tu écoutes de la musique ? Pas pendant, pas à quoi tu penses, pas ce que tu ressens, pas ce que tu crois faire mais ce que tu fous réellement, d'un point de vue non-humain ? Qu'est-ce que tu fais quand tu te salis? Quand tu t’enlèves un cil collé sur le globe oculaire ? Tu interagis avec quelle caractéristique de l'espace-temps ? Qu'est-ce que tu fais quand tu considères que ce que tu fais c'est seulement ce que tu fais ? Quand tu considères que les objets se chargent d'autre chose, ni mémoire, ni valeur affective, ni valeur marchande, que les objets se chargent d'une vie propre ? Qu'est-ce que tu fais quand ça t'échappe ce que tu fais ? Qu'est-ce que tu fais quand le con te sidère ? Quand tu relèves le courrier ? Qu'est-ce que tu fais quand tu parles à un animal ? À la place d'un animal ? À quoi tu parles dans l'animal ? À quoi tu te parles l'animal ? Qu'est-ce que tu fais quand tu penses aux espèces marines qui sont en ce moment même dans la méditerranée ? Quand tu penses à leurs sœurs lointaines sous la surface glacée de Titan ou d'Europe, sur Encelade, sur Ganymède ? Quand tu les minéraux, les végétaux, les animaux ? Quand tu projettes un musée des espèce disparues, des espèces disparues sans traces, sans avoir été découvertes, des espèces à naître, à nommer ? Quand tu projettes d'écrire un chant des espèces sans nom, un chant du nom secret des espèces, de leur nom d'existant, de sujet, de leur nom sans l'Homme, sans le poison du langage ? Qu'est-ce que tu libères quand tu libères une limace coincée dans le tambour à salade ? Une araignée dans le lavabo ? Qu'est-ce que tu écrases au fond de toi quand tu écrases un cafard ? Qu'est-ce que tu fais quand tu choisis une fourchette plutôt qu'une autre pour conjurer le Mal ? Quelle bifurcation définitive tu crées entre les univers réels et les univers possibles ? Qu'est-ce que tu fais quand tu imagines ce qu'il y a derrière les murs ? À l'intérieur des murs ? Quand tu interprètes les bruits de ta symphonie persécutante ? Qu'est-ce que tu fais quand tu en-castres des idées les unes dans les autres ? Quand tu te parcours sous paranose ? Quand tu places des snipers à tous les coins de rue, sur les toits, avec des visées thermiques ? Quand tu fais exploser la tête des passants qui te regardent de travers, qui présentent un fort strabisme divergent voire sont tout simplement borgnes ? Qu'est-ce que tu fais quand tu identifies la mimolette vieille ou le comté à du savon, à de la cire ? Quand tu prétends que l'eau gazeuse juste débouchée s’appelle colle scotch et le pain goût de papier ? Qu'est-ce que tu fais quand tu t'humilies plus ou moins consciemment devant tes collègues de travail ? Qu'est-ce que tu fais quand tu tues ? Qu'est-ce que tu fais en tutu ? Qu'est-ce que tu fais quand sciemment tu réunis les aliments les plus riches en lipides dans un même plat ? Quand tu avales un bouillon cube ? Quand ta pizza se transforme en immonde brouet aux lardons discount ? Quand tu te révulses au contact de l'intérieur filandreux de la courge ? Quand tu détournes les yeux d'un grain de raisin blanc écrasé sur le trottoir ? Quand tu t'imagines avoir ingéré du melon aux staphylocoques ? Qu'est-ce que tu fais quand tu t'empastiffres ? Quand tu manges comme un malpropre, en poussant des soupirs de volupté ? Quand dans les lasagnes tu interroges le Là-sein ? Qu'est-ce que tu fais quand tu hurles à la faim jamais assouvie ? Quand tu rêves un amant à Howard Phillips Lovecraft ? Quand tu affirmes que les dieux sont tous représentables, tels qu'ils sont réellement – si les dieux sont le réel non-humain inconnaissable - c'est-à-dire d'immondes dégueulis protoplasmiques plus ou moins enchâssés entre deux supercordes et qui se nourrissent de cervelle d'homme ? Qu'est-ce que tu fais quand du Cœlacanthe tu fais C'est là Kant ? Qu'est-ce que tu fais de C'est là Kant ? Ces lacs hante ? Qu'est-ce que tu fais quand tu lis l'étrave ailleurs de l'âme erre ? Quand tu te perds dans les traves : ailleurs de la mère ? Qu'est-ce que tu fais quand tu prends les mots au pied de l'être ? Quand tu retrouves ton chemin d'écriture en arpentant littéralement un chemin ? Quand tu te trouves bizarrement plié ? Quand tu t’inspectes les pliures ? Quand tu cherches le plan de pliage de ton origasmi ? Quand tu te replies à la hâte, sans respecter les pliures initiales ? Qu'est-ce que tu fais quand tu réenregistres ta vie sur une piste déjà utilisée ? Quand tu t'inquiètes de l'étonnante proximité du réel ? Quand tu tricotes autour d'une perception dudit réel un système de représentations et de croyances ? Quand tu fais un parallèle entre Oannès, la créature ichtyoanthrope censée avoir enseigné les techniques (dont l'écriture) aux mésopotamiens et le monolithe de 2001 : L 'odyssée de l'espace ? Quand tu en déduis la nature fantastique de l'origine de l'activité symbolique ? Quand tu penses que la parole existait, libre, avant le langage, l'organisation structurale, que la Chute n'a pas été provoquée par l'absorption d'un fruit de l'arbre du Bien et du Mal mais par l'acquisition du langage, qu'en nommant les animaux Adam s'en est séparé, que si il existe un plus ancien ancêtre commun à toutes les formes de vie il y a aussi un mot qui est l'ancêtre de tous les maux, le Ghérasim Last Universal Common Ancestor, dont tous les mots découlent, non pas selon un processus de filiation abstrait, hors du devenir, mais dans l'ordre dans lequel les mots se prononcent depuis qu'ils sont prononcés, et que cette histoire sera un jour restituée par la découverte de la bande originale du monde – découverte au moins aussi importante que celle d'une écriture antérieure à l'apparition de l'homme? Quand tu affirmes que la tour de Babel n'a pas été détruite, qu'elle s'élève jusqu'à l'espace et que l'on peut contempler à son sommet le visage de Dieu, qu'un plafond ardent en limite l'accès et que les générations de pèlerins qui se sont agglutinées autour de sa base ont fini par former une mégalopole qui s'étend sur des centaines de kilomètres (à peu près toute la superficie de l'Irak actuel) ? Qu'est que tu fais quand tu emploies des associations de mots qui ont l'air de désigner des réalités pointues qui vont de soi comme la rencontre avec l'altérité ou à l'heure des affects mondialisés, telle ou telle pathologie qui correspond à tel ou tel trouble ? Qu'est-ce que tu fais quand tu ne partages pas ton savoir mais l'assènes pour signifier que tu détiens le phallus? Qu'est-ce que tu fais quand tu réduis la vie à une courbe de production ? Quand tu fondes sur tes angoisses les plus secrètes une politique de la terreur ? Quand tu nommes les animaux, les fous, les esprits pour les lier ? Quand tu ne prédis aux autres aucun autre avenir que la mort afin d'éloigner l'idée de la tienne ? Qu'est-ce que tu fais quand tu pratiques ou encourages la jouissance sur commande ? Quand tu te dis que la langue recueille les mouvements inhibés ? Quand tu franchis le mur du texte ? Qu'est-ce que tu fais quand tu obliges quelqu'un à mettre le nez dans son refoulé en lui montrant où il n'a pas bien nettoyé ? Quand tu soutiens que les mexicains mettent un trilobite dans le whisky ? Qu'il y en a encore, qui dorment dans la boue au fond des rios ? Qu'est-ce que tu fais quand tu bronzes ? Quand tu bois l'eau d'un rocher moussu ? Quand tu bousilles les neurotransmetteurs d'une colonie de fourmis ? Quand tu opères la reprocession du carbone ? Qu'est-ce que tu fais quand tu calcules une surface de compensation géologique ? Quand tu remues le ciel et la terre avec des chiffres et des symboles ? Quand tu crées une flexure régionale de la lithosphère ? Qu'est-ce que tu fais quand tu dessines une carte de la profondeur du mot ? Quand tu prononces le mot moutarde en faisant se toucher ta lèvre supérieure et ton nez sur la première syllabe ? Quand tu rêves que tu vois se former des images dans les irisations d'une soupe à la graisse, des images haute-définition de l'inconscient d'un proche ? Quand tu rêves la fusion du réel du sujet et du réel de la science ? Quand tu lis que dans un univers parallèle il y a un cordon dont le corps de Philip K. DICK se souvient ? Quand tu fais surgir de l'obscurité haschichine un corps d'homme terrifiant, primitif, en évoquant le cordon Dickien, un cordhomme et un condhomme, un ombilic bizarre, rendu possible par déplacement vers le pénis et qui te relierait à une matrice mâle ? Qu'est-ce que tu fais quand tu pomme-cannelle au camphre ?

Tu pèles un œuf.


Le site de Fernand Fernandez : http://www.fernandfernandez.org

Pawnshop Poésie

Extraits

14 ans gros max
tu shines chérie
le gars du domino pizza
jerk encore
sur ta pepperoni fromage
le cell gras
entre tes mains
demande pardon
aux femmes brulées
d'être the only
one





à chaque fois que popa pop une pill
ses couilles remontent dans son ventre

hier soir c'était la coche
de trop
de Transformers mauves, de tortues bleues, de moineaux rouges
sans verre d'eau sale
ses couilles gravissaient sa gorge

une moustache de lait caillé
me regardait avec l'air de rien
comprendre

le Parkinsons dans les yeux
Michael J. Fox puissance vingt
mais impuissant dans ses shorts
il m'a dit : wait a minute
Doc, what is wrong
with my future





elle n'avait pensé au troc
qu'une fois dans sa vie
jammée sur la 40
rage against the machine
juste assez fort
pour s'aliéner le soleil Sublime
le Jeep Liberty
dans sa face
rien ne bouge





la kid enfermée dans son chanvre
en réponse à deux
correcteurs parentaux
elle renifle son quart
d'heure de rave
avant de turn on
sa came
pour détailler sa démarche
il faut bien qu'elle
s'épargne le neuf
à six
personne ne lui offrira
un lift sans calcul
elle se prend par surprise
en sachant
la valeur du x





slap sluts en roulées
de camisoles blanches
piquées à versailles
dans le shine glossy
des selfies louches
un reflet bleu étrangle leur gorge
dans la teinte
deuil de fin de série

barbies laides
la face noircie de n'être plus
rose elles errent
coulantes d'un backstore
à l'autre

de dettes en pleurs
ne trouvent plus rien
entre les fils de leurs g emmêlés
les chaînes tétanos et les faux cils

les bébés bouteilles sonnent
au fond de leurs sacs
le sexe
silencieux
pour une fois





elle avait créché
sous tous les sapins
du miracle au martyre
son hystérie de lysterine

entre ses sautes
d'humeur et d'odeur
elle essuie encore
le revers
des astuces
la yeule pleine
de sourires
édentés





assoiffées de 50
nuancées grises
prisées de coups
night ladies
penchées sur le green
surplombées d'aiguilles
lentes et furieuses
raccrochées aux tablettes
défoncées branlantes
calculatrices
le dos droit
le cul ressorti
les boules cassées
en coin de table
une gloue pour chaque
shot manqué
paradées
toutes en balls
elles jouent pour
le vrai





un jet de sueur
amorce la chute
phat farm déjà usé
keep running away
vingt piasses en poche
le change craque
les jointures de guerre
retrait simple après le coup
dans les poches des autres
les sirènes stade de baseball
beau hold-up ovation

c'était pas de sa faute
le quart reste le même
prix quand il n'y a plus rien
à pawner


Pawnshop Poésie est un collectif de 4 auteur-e-s basés à Montréal. Leurs travaux sont lisibles sur leur page facebook

Elaine Kahn

Steve Réalité

Traduit de l'américain par Samuel Rochery

J’ai googlé crise existentielle tellement de fois le mois dernier.
Ne compte que la façon dont tu t’en détaches –
Ceci dit sans jugement.

Je vais t’envoyer un dessin et une lettre.
Partout sur le dessin il y aura des crachats
Et la lettre va dire
Que je ne veux pas être ton amie.

Le gars à la télé a de beaux cheveux.
Quand il s’en va
A la télé
Sa coiffure de dos
Ressemble à un cœur.
Toi tu n’as même jamais eu de cheveux.

Le sentiment d’être avec toi,
Dans le sens où
Etre avec toi évoque un sentiment,
C’est d’être nulle part,

C’est le sentiment d’être
En vacances quand tu es
Assise dans un avion
A moitié endormie.

Tu dis que lorsque je suis triste
Mes lèvres sont blanches.
Je crois que tu entends par là
Que je ne porte pas de rouge à lèvres.

Je trouve que tu es répugnant.
Je pense que tu auras des enfants répugnants.


Le site de l'auteur : http://www.elainekahn.org. "Steve Reality" a paru dans Octopus Magazine no 16

Rosanna Puyol

London Eye

Hello - This video is about looking good, feeling fit and presenting yourself with greater confidence.

c'est une gueule dents ouvertes





c'est une gueule aux dents ouvertes et hautes
perchées
to speak louder
c'est un scénario aussi
un rouleau ancien et nouveau
testament






Il l'a cru, s'il fuit. Il est le moule d'un modèle bien vivant, a coulé le ciment farine au vent.





London eye a la forme d'un casque. C'est d'abord un œil, trois cils fermés en son coin droit. Avec son bord plat, il est casque. Casque de guerrier, casque de chasseur. Casque de chasseur ailé de cils.

À tours de bras nous vendons de la peau ici !

Je porte des lunettes, un fil et du fer, un clou, une brique et un balai. Voilà tout ce qu'il me faut ici, pour écrire. Cela forme un corps boiteux mais solide. Assuré de tenir un clou.





Refrain :

Nous ne cherchons pas nous
ne cherchons pas nous
ne cherchons pas nous ne cherchons
pas nous ne cherchons pas nous.

l'eau se déplie au passage d'une gorge nouée
pli de lac, pli de mur
pli de mer ou de rocher,
pli en temps et en heure qui nomme.
Pli ressac, repli.





le grain
la peau
la faim du stylo
le grain
la peau la peau du stylo
le poème le poème le poème à manger
le poème qui épuise épuise la faim du livre
fin fusil au dos.





le poème est cuir de veau

chasse aux mots,
fusil à dos.

Geraniums shop - for the blind

que chiquito es el mundo


"London Eye" est lisible sur le site de l'auteur, sous forme de pdf : http://www.rosannapuyol.fr











Le poème perdu

Bateau ivre injonctif (Hidden track)



Be gothic, Arthur

Be funky, Arthur










Ce deuxième numéro de Watts
a été achevé de coder
le 14 septembre 2015,
sur l'ordinateur de Robert Watts.