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#14

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Rouleau d'écran de poésie
sous économie d'énergie
#14 • 01/18









Revue Watts, voeux 2018.







Rachel J. Bennett

J'aime me lever à toute vitesse pour éprouver

Traduit de l'américain par Samuel Rochery



J’aime me lever à toute vitesse pour éprouver
le droit de naissance vertigineux de quiconque
est assez fou pour continuer à tenir
sur deux jambes. Nous croyons que
nous vivons différemment des animaux, mais
voyez, nous ruminons les nouvelles
comme de l’herbe grasse, comme si nous avions
tout notre temps dans le champ & nulle part
ailleurs où vivre, nos visages
interdits par le ciel et par chacun
d’entre nous. Les romains savaient
combien une ville peut dépendre
de ses oies et d’aucune autre chose
autour d’elle. A Tokyo,
la statue du chien & non celle du maître
pourrait être le summum
de la recherche dans la pierre concernant
la vérité d’une chose. De même, je continue d’espérer
que mon fils aura une queue
ou qu’il restera couvert d’un doux pelage, et que
je l’aimerai aussi infailliblement que
les ratons-laveur dans le parc. Comme
un animal, je l’aimerai tellement
que je voudrais le dévorer – mais
je m’arrêterai en prononçant des mots
à la place & avec l’espoir qu’ils transportent
assez d’eau, ce qui revient à dire
que je lui laisserai suffisamment d’espace pour voir
au calme comme nous avons vu la nuit la première fois.



Poème paru sur le site Queen Mob's Tea House




Eric Houser


la voiture était bicolore
décapotable
je venais de rompre - 1


:


les bandes d’un banc
écaillées
bandes de vide plus étroites - 2


:


quatre demi-melons nettoyés
sur une assiette
sur une chaise - 3


:


une affiche usée
MISE
enchon - 4


:


depuis une terrasse
YMCA
le petit Gange - 5


:


compter les jours à l’envers
compter jusqu’à 20 000 vagues irisées
trouble de la joue - 6


:


finalement
quoi décrire - 7


:


WHAT FOR
vitrine
palmiers et rotonde - 8


:


la station « Maroc »
près de l’ancienne morgue - 9


:


une seconde vie
sur fond jaune
sur parquet - 10




Christophe Petchanatz

Le héron (extraits, 2)



LA PISCINE DE LA PRINCESSE OUMGABOO

Nous nous rendons, en vélo, à la piscine de la Princesse Oumgaboo. En chemin nous nous arrêtons pour contempler des fleurs. Des fleurs qui sourient. Notre guide nous explique que ces fleurs sourient parce qu’elles savent ce qu’elles vont devenir.

Au retour, nous nous arrêtons de nouveau devant les fleurs qui sourient. Cette fois, notre guide nous indique que les fleurs sourient parce qu’elles savent ce qu’elles ne vont pas devenir…



« J'AI VU UN ARBRE TRISTE ET UNE CORDE. »

C’est l’heure du bain, Petit Ours Gris (baignoire pleine d’acide nitrique)!
Un château fort à fabriquer (avec douves et cachots, prisonniers et prisonnières à torturer — des heures d’amusement).

« Non Maman, supplie Zoé, n’y vas pas… Tu vas tout casser ! ». J’ai remanié grammaire et ponctuation.

C’était comment, avant, un château fort ? Avant quoi ? Le seigneur rentre de la chasse, il est sale et fatigué. Énervé aussi. Du haut des tours de garde et du chemin de ronde qui longe les remparts, les soldats jettent des ordures, de l’huile bouillante, des animaux morts.

Dans la cour, tout le monde est bien occupé : le forgeron détruit une bicyclette, le boulanger vomit derrière un muret…

Devinettes : 
Le canard dans ton bain est mort ou il fait semblant ? 
Cette camionnette est rouge sang ou jaune glaire ? 
À qui est ce portemanteau ?



DEMI-NUT : MOITIE DE NOISETTE.

Le vieillard utilisa le mot « maelström ». Je le regardai d’un autre œil.

Et, précisément : on a — crevé les yeux de la Belle au bois dormant, dépecé le gentil éléphant volant, vomi dans la soupe de bébé, on a — dénoncé des crimes, des atrocités commis par des enfants on a fabriqué des objets utiles avec des carcasses on s’est — moqué de la tendresse, de la mièvrerie, des larmes et des reniflements-reniflages, dans la salle de classe salle de jeu on a initié les enfants au vertige, à la rétention, à la fascination, au bruit, à l’imbécillité, à la chute, à l’indécision, au mensonge, à la flagornerie, au dégoût de soi-même, à l’envie de faire pipi, aux douleurs diverses, à la solitude, au rejet, à l’aliénation, à l’épuisement, au somnambulisme, au ridicule et à l’obstination.



« TORTUE DE NUIT. »

La petite fille rêve d’un monsieur, dont elle est amoureuse. C’est, visiblement, un Héron. Petit, du genre : foutriquet bellâtre. Il marche torse bombé l’œil qui roule en tous sens. Jambes fort fluettes. Le matin la petite fille est de bonne humeur, elle met des beaux habits. On s’aperçoit qu’elle a dormi avec ses barrettes (gros cœurs rouges écœurants). Elle danse dans la cuisine. Ensuite il faut se dépêcher. Le « Papa » court derrière. La ville est grise. La petite fille saute au cou du « Monsieur ». Elle fait pour lui un dessin répugnant. Il feint l’admiration. Elle s’applique, s’agite, n’arrête pas. Il la félicite sobrement. Mais il se lasse. Son nez devient de plus en plus rouge et pointu. Ensuite, debout sur une table, elle hurle des inepties. Le « Monsieur » s’éclipse discrètement, en emportant une boîte de crayons de couleur (peut-être pour les mettre à l’abri). Et puis c’est l’heure. Le désespoir est complet. Le « Papa », en outre, lui annonce de fort mauvaises nouvelles.



ET PUIS APRES - J'ATTENDS.

Bruno est gros. Il mange n’importe quoi et effraie les autres animaux. De plus : il louche, et il est très méchant. Même le serpent qui fume a peur de lui. Même le singe épileptique. Même le toucan presque mort. Et le colibri vide. Arbres : verts. Et brun. Ciel : palot. Bruno gâche tout. Plus tard, lors d’un de ses célèbres accès de dépression, Bruno décide d’aller se jeter dans un volcan. Du coup il est tout guilleret. On devine la suite. 
Et bien non. Pour une raison que j’ignore, tous se retrouvent pour une sorte de pique-nique impromptu. Bruno semble sur le point de vomir, le singe également. Le serpent ricane, les oiseaux et les insectes sont en pleine euphorie. Puis. Ça se gâte. L’apocalypse. Bruno devenu léger soudain prend la poudre d’escampette, les autres sont moins vifs. Pétrifiés, apeurés, ou incrédules. On voit les dents du singe qui semble-t-il se noie. Mais Bruno a plus d’un tour dans son sac (si possible prendre une voix idiote et convenue pour lire la phrase précédente) ! Voilà qu’il emporte tous ses « amis » et file à toute allure par la pampa ! Sauvés ! Bruno a même un petit air coquin. De même que la fourmi juchée sur son nez. Tout ceci est fort fatigant. Et il reste si peu à boire. On donne tout à Bruno, qui a fait de gros efforts. Les autres meurent de soif. Meurent véritablement. À la fin, Bruno, tout seul près d’un feu de camp, fait griller des saucisses puis s’endort dans le ciel brille la lune douce et les étoiles nunuches. Quelques insectes calcinés jonchent le sol.



EXTRAITS DU PETIT CARNET ORANGE (retranscrit mi-août 2013).

Pour la postérité. AZ — très fatigué, n’a pas dormi (mais dormi la journée précédente ?). s’alimente peu/pas ; s’hydrate. Douloureux. 1 doliprane. HA — en forme. MZ — pédicure ? MIN – OFF. Purell. PM — diarrhée (comme souvent). GP — 12,5/6,5 p67. fils passera dans la journée pour récupérer les médicaments. AB — a perdu son alarme. Martine ( ?). RA — Q problème avec Ci. ? Mme P. plaie fermée, jolie54. Transit à surveiller. V. pédicure. Douche demain. HA — passage à 7h30 ok. PM – yeux rouges. PA – transit ! SC — déprimée. Selles noires pendant la douche. CHA baisse aigue ( ???). BE — rasage pedi encombré ++. RO — Habillée/lavée ? contention, collyre. ? pantalon déchiré refus douche : lavabo. Timbre. Souhaite ( ? ) arrêt de la PEC. CO — pas de feuille de soins. Passer voir Isa / pst/plaies div. Toilette au fauteuil. Pdj. CO — Dolip. BE — patch. Pst refait. Dentier. TV toute la nuit. PA déjà habillée. RA pas de feuille. « Cholot, de la merde avec de l’eau » dixit M. TA. JA vitamines ? VI démence ? voir ongles cannelés. SC rougeurs et hématomes un peu partout. Aines rouges et douloureuses. Cris dans la rue. CH RAS rougeur nuque, lavée+dex. SC Q de la fermeture de la porte à clef. CA mq Fixical. CO ^p barrette journalière vs semainier ? PA pst bien saturé. Consolidé. ^p l’activité acc de j est arrêtée ? NE Kardegic 75 donné ce matin, à confirmer > fiche de ttt. RA planning aides-mén trop éparpillé > pas de répit. TA NE impossible à prendre. NI gros orteil (d) 1 peu rouge et chaud. ME douleur thorax. MI épuisé. PM au lit. RA diarrhée. MI dort dans canapé. MB rougeurs prendre ai( ??? ). BE quel retour bilan neuro ? capacités ? comportement ? NI douche demain. MI douche mercr. RA pas d’aux de vie à midi pas de tél pas de repas prendre 1 ou 2 alèzes en dépannage. DES selles, dents. BE sensation oppression poitrine. LA resp sifflante sein G dur & chd. SC talon car – demain ou a demain. Toilette. GR pas prêt – déjeuner, casserole brûlait sur le feu, sans réaction. SC ventre très gonflé assez dur. GE pédicure, esth (poils). BL pas de TA. NE > l’alimentation parentérale se fera par cathéter central posé en serv de radio à l’H le 17/1 sois en ambulatoire en attendant (…) dialyse poursuivie 3x sem. ME énervé // poubelles. Anne à voir prise d’info (dossier, etc.) langage (on, faire), pudeur. Reste OK. SC toux ++ selles. MB refus énergique de se lever. SOS médecin samedi soir à minuit (appel à 17h). Tercian 10g. VI – fils refuse jupe. GI les pieds sont très enflés. SC marques rouges épaule G. RO D int cuisses rouges ++ (collants sales). CL compl alim > fruits seulement. CH perte mémoire/perte audition.

Mon père adorait la scène des poules dans Pain et chocolat (Pane e cioccolata, film italien réalisé par Franco Brusati, 1972).




Michelle Wonja & Marion Bouthier

Naincropole, reportage



Les photos de reportage qui suivent ont été prises avec un téléphone portable, lors d'une visite de la Naincropole de Montjean-sur-Loire, en 2016. Cimetierre dédié aux nains de jardin, relookés par des artistes après leur mort fictive, ce site est unique en Europe.








Plus d'informations sur la Naincropole ici : article paru dans Ouest France




Simon Brown

Extrait d'outre-flaques


Voulant posséder sûrement, ça prend un euromort pour le dire, l’élucider ou enfin, imposer sa chose, sans conscience : feuilles ou cousins. Sa tige remonte vers le tronc. Vers les racines, lui échappe. Sans intérêt, sauf aux fins d’agitation – le vent est ordinaire. Qui dit pas d’âme ? Si ça pouvait se posséder, on parlerait de possession. La pulsation synthétique se veut sensuelle, une question d’habitude. Comme des lulus, mais dans la nature. Ce qui existe depuis la naissance, nono ! On n’y touche pas, on n’y pense pas non plus. Ce n’est pas par les idées qu’on va s’en délester ! C’est-à-dire le poids, celui qui reste collé. Qui permet de rester coller. Depuis la naissance.

C’est ma surface !
C’est mon vent !
C’est mon poids !




Merci, enfin
ce n’est pas comme je l’imaginais
je n’aurais pas pu le dire
autrement, un grillage ne supportant pas
tout le monde, le monde
étant les impressions, les impressions
étant les faces, les faces
étant les façons

C’est une façon de ne pas répondre
à la question, cette façon
qui est notre réponse –
du bois magnifique




Une pomme, du yogourt plutôt vieux
sans appétit, une eau
qui durcit
forme une couche
en suggère d’autres
et aplatit nos schémas, ceux du moment




Celui que tu veux, accessoire
dont on ne connaît pas le nom
ou plus le nom d’autres à paraître –
plantes, énigmes, calories vides
toutes en société
sous jet mécanique, conçu
pour l’occasion
des cheveux puis d’autres cheveux




Poche, c’est dans le sens d’un amour
où la clarté est reine, c’était
une plaisanterie, je pense
m’avoir dans le détour, toi de même
avoir considéré
toutes les façons
d’une chute, d’un barrage –
l’impression dominante étant de produire
une eau propulsée par son propre élan
et sa façon




Ça ressemble à un secret, mais
c’est une roche
un arbre, de l’eau qui coule
Je ne l’aurais pas reconnu
sinon la construction, une tristesse
observation des roches, des arbres
puis de l’eau, encore




Guillaume Dorvillé

ENNUI

Un tas de bûches
Un chien
Un sapin
ou
Un tas de bûches
Un sapin
Un chien


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MEILLEUR POEME TROUVE (LAST ACTION HERO)

Jack Slater : Écoute ! Quel est le contraire de science ?
Danny Madigan : Pas science.
Jack Slater : Et le coude de ma veste qu'est ce qu'il a atteint ?
Danny Madigan : Ses limites.
Jack Slater : Bingo.


_____


WU TANG CLAN PAR UN TEMPS DE MERDE

Un bon coup de latte dans les couilles
ça t'apprendra à vivre
avec un monochrome couleur chrome
des étoiles de ninja
un sweater avec des emojis
un poing américain et un poster de
Samantha Fox


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MONOCHROMES&

un monochrome argenté
un monochrome moiré
un monochrome irisé
un monochrome nacré
un monochrome polarisé
un monochrome à effet miroir
un monochrome phosphorescent
un monochrome holographique
&


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COMMENT SAVOIR SI ON EST UN VRAI DUR A CUIRE

Comment est-ce que je peux le savoir
Est-ce que je peux le deviner à travers certains signes
Par exemple si je ne bronche pas
Par exemple si la vue du sang ne m'effraie pas
Par exemple si je sens que ça va mal tourner et que je reste impassible
Par exemple quand je prends un coup et que j'encaisse
Par exemple quand je dis à quelqu'un « Capisce »
Par exemple quand je fais signe à quelqu'un que je vais lui trancher la gorge
Et aussi un dernier truc
quand je regarde dans les yeux et qu'il se met à neiger


_____


NULLE PART RIEN ZERO

Nulle part Rien et Zéro
jouent à tenir des couteaux
sur la pointe du doigt

Ils font maintenant une pyramide humaine

Là ils se bagarrent pour une histoire d'argent

Nulle part et Rien ont eu le dessus

Zéro repart dans l'autre sens
Il lui manque une chaussure et un coin de ciel bleu


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FAIRE DE L'ART AVEC LES COPAINS


_____


QUELQUES PAYSAGES DE FORET

Un pin parasol
Un chevreuil statique
Une boule de cristal
Un fusain
La nuit tombe comme
une nappe d'essence
Des pigeons ramiers
sur des branches de sapins
Un bonnet en acrylique
Des choucas des tours
qui dansent en cercle
autour d'un feu
étincelant
Des campeurs
statufiés


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OH LES BEAUX BALAIS


_____


BIENTOT HALLOWEEN

Tu mets ton masque
sinon tu fais peur
à tout le monde


Le site de Guillaume Dorvillé : http://www.guillaumedorville.fr




Samuel Rochery

Puisque vous êtes là, je vous en parle


PARLE A MA BUCHE

Une buche elle aussi, comme la première dans le ventre,
l’expulsion du doux diantre de ce ventre,
la retombée en enfance, la malbouffe, c'était elle,
une buche encore ?



PARLE A MA BUCHE 2

Une buche, de triomphe en triomphe,
ou de sachet en sachet,
pareillement à la fin qui se morfondent,
à chaque fois, une buche, certains,
par la santé même (qui sait ?),
comme d’autres par le lavoir, par la braguette,
aveuglés, une buche, à chaque fois,
la route est un festival, jusqu’à la toute première
dont s’ouvraient, dès le premier jour,
les frondes de pan. Et si retomber en enfance
c’était, pour certaines bêtes du moins,
depuis longtemps peut-être préparé en cachette,
jouer à l’aubépine ?



PARLE A MA BILE

Est-ce cela aussi, tomber en enfance, y retomber :
aux mirages du lard substituer celui de la bile,
de la ville morte, contaminer les urnes par les outres,
plus qu’à moitié peut-être les morfondre, et c’est
comme si tout un autre cumulus
alors à fond s’émouvait ? Ou pourquoi,
d’où venu, cet invincible
moment en moi qui, au triage, légèrement photoshopé,
de la moissonneuse batteuse, tend à donner,
et comme à rendre, à peine plus chargé sans doute,
l’étrillage de notre vieille Capucine sous sa couronne,
la même volaille le long de sa jupe qui pendait,
et ces lapins que, les serrant contre son cœur,
elle avait tenus, et que pareillement, sur le bahut,
avec la même précaution quasi maternelle, elle dézinguait ?



PARLE A MA BRIOCHE

L’exil du lard : cette brioche
où aucune bouche, jamais,
n’aura parlé ?



PARLE A MA PELLE

Comme la pelle de l’enfant dans la gueule du toton,
à la même enfance liés, à la même paille du précurseur,
au même temps, ces autres acrobates soudain qui
dans le même album ou sur le même mur effondré
te réapparaissent et que tu ne peux plus, eux non plus,
quitter des yeux. Est-ce bien pourtant le même reniement en toi,
est-ce le même langage des lacets qu’ils te causent,
ce melon, ce roitelet, cette ornière,
cette fille au volant, ce lièvre qui dort
ou cette rame, seule, contre la table,
qui donne envie de filer en kayak ?



PARLE A MES MILICES

Ce temps qui toujours au-delà de mes exilantes milices
me déporte, de ma propre bile, de ma seule engeance,
elle a beau de cette échappée comme pas de mémoire
être le treuil, n’est-ce pas comme si j’en avais été,
caché dans la bombe, invisible et encore
à paître, inconcevablement d’aplomb pourtant,
l’enfant témoin au milieu d’un relai 4x100 ?
une seule, une quotidienne bouée, et n’est-ce pas,
ces objets familiers et qui eux non plus n’avaient pas changé,
ces équerres, ce hochet, ce bocal, cette ronde
théière rouge et vernissée qui se trouvait encore,
il y a pas longtemps, chez tous les droguistes,
comme si j’avais vu l’Acrobate Lecteur, dans la maison,
les peindre lui-même ? Vers le blues,
dans la lumière, en clignant des yeux, à demi
ensuqué peut-être, et cette flippante hésitation
devant le lavoir, les lever bien haut ?



PARLE A MES RADIS

Cet enfant du toton aux radis, dont le gris feuillage
(pourquoi ?) dans la médiathèque le fermentait,
et il pourrait croire à ce jeu des feuilles déjà avoir joué
lui-même, se peut-il que, à l’enfance pareillement soufflée,
le vieil acrobate au bestiaire lui aussi, à la fin, du même regard,
l’ait regardé manger ses radis ?

Bonus : le poème sonore du radis





PARLE A MA FOLIE

Et si c’était ça, sa plus inguérissable folie,
à l’engeance : de vouloir, comme dans un verre de cognac,
impatiemment accéder à ce beurre lauré de l’âge d’où elle sera,
de toutes façons, quelque chant de merde,
quelques nunuches fanfares qu’elle entonne, précipitée.




Alisha Dietzman

Poèmes d'amour polygone



Traduits de l'américain par Michelle Wonja



1. Presque tout peut être conservé dans un bocal.

2. Rêves semi-crépusculaires : des femmes,
coiffures tuméfiées,
reflétant des bombes.

3. Qu’est-ce qui nous donne le droit d’écouter le corps d’un autre ?

4. Je ne sais pas à qui appartiennent tous ces endroits.

5. A nos sommets : Dieu.

6. Imagine la plus effrayante des lumières.
Je me demande si nous imaginerons

la même lumière.


Poème paru dans la revue Diagram





















La 4e de couverture perdue

Poésie du dimanche soir


























Ce quatorzième numéro de Watts
a été achevé de coder
le 3 janvier 2018,
sur l'ordinateur de Robert Watts.